Avec Geant (Gigabit European Academic Network), l'Europe
progresse un peu plus vers l'Internet de seconde génération. Comme
aux tout premiers temps du réseau des réseaux, les chercheurs
conservent aujourd'hui un pas d'avance.
Le réseau Geant, interconnexion à très haut débit des réseaux
européens de recherche et d'éducation, prend en effet corps depuis
le 6 novembre, date de la signature à Nice d'un contrat entre la
Commission européenne et le consortium Dante, chargé de la mise en
œuvre du projet. Quatre-vingts millions d'euros ont été débloqués
par la Commission, et 160 le seront par les Etats membres.
L'objectif est de permettre, dès le début de l'année 2001, des
liaisons ultrarapides à 2,5 gigabits par seconde, en attendant la
centaine de gigabits par seconde prévue d'ici à 2004.
Il s'agit, plus précisément, de relier des réseaux nationaux
préexistants. En France par exemple, c'est Renater (Réseau national
de télécommunications pour la technologie, l'enseignement et la
recherche), raccordant déjà les centres nationaux de recherche et
les universités, qui sera rattaché à Geant, et les ramifications
extrêmes de cette toile spéciale iront jusqu'en Lituanie, Roumanie
ou Slovaquie.
Un tel projet était, de fait, nécessaire : l'actuelle structure,
baptisée TEN-155, est seize fois plus lente. Or la recherche a
besoin de rapidité. Certaines simulations expérimentales sur
ordinateur le demandent, comme en physique des particules ou en
recherche sur le génome, par exemple. Les calculs doivent en effet
fréquemment être partagés entre des ordinateurs de laboratoires
différents, et ces calculateurs doivent alors communiquer entre eux
à des débits gigantesques. De plus, ce réseau à haut débit reliera
les universités et permettra alors l'émergence de réelles formations
en ligne. Au-delà des exigences de la recherche, mettre en place une
telle infrastructure permet également à l'Europe d'appliquer les
dernières avancées technologiques.
Geant sera en effet de conception avant-gardiste : par exemple,
en matière de protocole, le langage de transcription de
l'information lors de son transport dans les câbles. Geant utilisera
la technologie IP (Internet Protocol) qui achemine les informations
en paquets indépendants. Avantage : si une route est coupée, les
autres paquets peuvent emprunter d'autres chemins, et la
communication continue.
En matière de routage, d'ailleurs, le réseau Geant sera également
à la pointe. Le routeur est en effet un élément essentiel, chargé de
la gestion des flux gigantesques de paquets. Geant utilisera la
technologie MPLS (MultiProtocole Layer Switching). Le routeur MPLS
affecte une étiquette à chaque paquet qui entre en fonction de sa
priorité ou de sa destination, par exemple, et l'oriente alors dans
la bonne direction. Les autres routeurs ensuite n'ont plus qu'à lire
l'étiquette. Simple, le MPLS permet de gérer de très hauts débits,
tout en ayant la possibilité d'affecter des priorités à certains
flux importants.
Pour l'instant, le consortium Dante dépouille les réponses à
l'appel d'offres qu'il a lancé pour sélectionner les prestataires
qui fourniront la structure de ce futur réseau. Celui-ci devrait
voir le jour début 2001. A terme, il évoluera : augmentation des
capacités de débit, utilisation de la norme IP version 6. Des tests
seront également effectués pour expérimenter les dernières avancées
technologiques.
J.-P. Pi.
Le Monde daté du mercredi
22 novembre 2000